Editorial

Les volontaires réchauffent un hiver glacial

Et oui, à la Plate-forme comme partout ailleurs, on a froid !!! Comme tout le monde, on s’emmitoufle avant de sortir, on presse le pas pour arriver au travail, on mange des bonnes soupes (aux légumes de saison bien entendu) et on est heureux de rentrer bien au chaud chez nous le soir.

Au menu de l’actualité, les médias nous bombardent d’infos sur ce grand froid historique et nous abreuvent de trucs et astuces pour lutter avec nos moyens contre les aléas de l’hiver : habillez-vous chaudement, hydratez votre peau, mettez du beurre de cacao, mangez sainement, buvez régulièrement, chauffez votre logement sans le surchauffer, prenez des nouvelles de vos proches et des personnes « fragilisées », telles que vos grands parents…

Pour nous, ce sont des gestes simples du quotidien, mais qui ne peuvent nous faire oublier les nombreuses personnes précarisées qui luttent  tous les jours dans des conditions tragiques ayant déjà entraîné la mort de plus de 600 personnes en Europe, dont 4 en Belgique. Soumises aux rudesses de l’hiver, ces personnes doivent bien souvent compter sur une aide extérieure pour s’en sortir et dans bien des cas, ce soutien est assuré par des volontaires…

Au chevet des personnes qui en ont le plus besoin, des dizaines de milliers de volontaires appliquent les ‘premiers gestes’ : distribution de colis alimentaire, vente de vêtement dans des magasins sociaux, accueil au sein d’un CPAS, visite à l’ONE, premiers soins donnés en rue, visite de courtoisie, aide au logement de jour comme de nuit…  Ce sont toutes ses actions réunies qui permettent que le bilan des victimes de l’hiver ne s’alourdisse pas davantage. 

En cette vague de froid, la Plate-forme francophone du Volontariat fait la lumière sur ces citoyens qui se mobiliser pour accueillir, préparer des repas, donner le surplus de leurs vêtements ou simplement apporter leur présence et leur écoute… Merci à eux ! Et bravo pour cet engagement qui s’étend bien souvent au-delà des périodes de crise, pour garantir ces gestes « si simple » et permettre à d’autres d’attendre plus sereinement le retour des beaux jours…

Gaëtane Convent
Coordinatrice de la PFV

Les projets et les enjeux de la PFV pour 2012

Qui dit passage à l’an neuf, dit bien souvent bilan de l’année écoulée et c’est le moment idéal pour prendre de bonnes résolutions. Pour certains, cela signifie qu’ils vont enfin se mettre au sport, pour d’autres, qu’ils vont faire davantage attention à leur empreinte écologique, pour d’autres encore, qu’ils vont  rejoindre les 17 % des citoyens belges qui se veulent responsables, actifs, critiques et solidaires et qui s’investissent dans le volontariat. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils veulent s’engager dans un monde où les espaces de gratuité et de solidarité ont encore toute leur place, et ceci d’autant plus que notre pays connait quelques réformes d’austérités…

Nos 31 associations membres représentatives des grands secteurs de la vie associative et leurs 300.000 volontaires connaissent bien ce défi et le relèvent depuis des années.  Le volontariat est le produit de l'humain, de la solidarité interpersonnelle et intergénérationnelle, des solidarités locales nécessaires au moment où les solidarités institutionnelles sont malmenées. Outre le fait que le volontariat apporte énormément pour les personnes qui le pratiquent, en termes de plaisir, de rencontres, de reconnaissance, de construction de sa propre identité et, selon certaines études, de gain de 5 ans de vie en bonne santé, le volontariat repose plus que jamais sur l’action sociale collective des citoyens organisés au sein de l’associatif non marchand. Une action sociale collective que nous considérons comme complémentaire aux fonctions collectives exercées par l’Etat au bénéfice de tous les citoyens.

2011 a mis en lumière ces héros de notre société et pour une fois, nous avons pris le temps de les remercier comme il se doit… Entre autres, nous avons également pu constater que sans nos volontaires de gestion, c’est l’ensemble du non marchand qui serait mis à mal, l’ensemble de notre pays…

Mais voilà, en ce début 2012, le constat d’insuffisance reste d’actualité… Le volontariat n’est pas encore accessible à tous et ce qui devrait être un droit légal ressemble pour certains à un vrai parcours du combattant. C’est pourquoi, pour les 3 prochaines années, les 31 associations membres de la PFV ont décidé de faire de l’accès de tous au volontariat une priorité ! Nous souhaitons pouvoir travailler avec le secteur sur des enjeux comme l’accessibilité au volontariat des personnes précarisées et des personnes porteuses d’un handicap. De plus, il nous parait essentiel en 2012, Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle, de travailler sur la place des séniors dans notre société, leur valorisation et de lever les freins à leur accessibilité au volontariat pour qu’enfin, le VOLONTARIAT POUR TOUS soit une réalité !

2011 n’a fait qu’éveiller en nous des envies de nouveaux défis et 2012 s’annonce rempli d’évènements haut en couleurs : la semaine du volontariat en juin, un séminaire en décembre, la parution des deux premiers cahiers de la PFV, la réalisation d’un outil à destination des communes et bien d’autres choses encore…

Je vous donne donc rendez-vous très prochainement pour retrouver les détail de l’actualité du volontariat et de la PFV en 2012 !

Il me reste à vous souhaiter tout le meilleur pour 2012 et continuons ensemble à œuvrer pour que notre pays puisse préserver encore longtemps des espaces de gratuité et de solidarité !!!

Gaetane Convent

Les volontaires portent le rêve d'une Europe citoyenne

En ces lendemains de Journée internationale des Volontaires, que retenir de cette Année européenne du volontariat ? Côté chiffre, en Europe, on retiendra que ce sont plus de 100 millions de personnes qui pratiquent une activité volontaire. Etant donné que le volontariat recouvre d’un pays à l’autre des réalités juridiques différentes et faute d’un recensement commun, on peut même estimer que ce chiffre est inférieur à  la réalité de terrain. Quoiqu’il en soit, en Belgique, ils sont plus d’1,5 millions dont près de 700.000 francophones !

Pour que vivent des espaces de gratuité et de solidarité


    Outre le fait que les volontaires retirent de nombreux bénéfices de leur engagement en termes de plaisir, de rencontre, de reconnaissance, de construction de leur propre identité et, selon certaines études, de gain de 5 ans de vie en bonne santé, le volontariat repose plus que jamais sur l’action sociale collective des citoyens organisés au sein de l’associatif non-marchand. En ces temps de crise économique et politique, cette action sociale collective, par ses plus-values sociales, économiques et démocratiques, joue plus que jamais un rôle complémentaire aux fonctions collectives traditionnelles exercées par l’Etat et ce, pour le bien-être de tous les citoyens.

Qu’il soit d’animation, de service, de gestion ou de militance, le volontariat, par l'initiative citoyenne, ancré dans le terrain, met le doigt tant sur de nouveaux besoins humains que sur les inégalités persistantes, et tente d'y apporter une réponse. Il est source d'innovation sociale, de lien social, de justice sociale. Une réponse quotidienne à la pauvreté grandissante des personnes seules, isolées, en marge, une réponse face au repli sur soi, au repli identitaire, une réponse face à l’exclusion sociale, enfin une réponse à l’assistanat par la prise d’initiative, la prise de responsabilité, le goût du risque et d’entreprendre.

Par leur engagement, ces citoyens européens sont les garants du maintien et du développement d’espaces de gratuité et de solidarité et du don de soi dans notre société , des valeurs qui se perdent dans notre monde globalisé où tout se « monnaie », se réduit à une chose et un prix...

Des enjeux multiples au niveau européen


    Pour permettre à ces valeurs et à ses élans citoyens de perdurer et de se démultiplier, il y a lieu de créer les conditions les plus favorables à l’exercice du volontariat. Ainsi, il est tout d’abord nécessaire d’envisager la mobilité des volontaires ici et en Europe à travers un prisme qui dépasse celui des seuls échanges économiques par une attention accrue à l’accessibilité en termes de coût et de maintien de ses droits sociaux. Par ailleurs, à l’heure actuelle, si la plupart des projets de volontariat européen concernent d’abord des programmes de stages en entreprises et de formation professionnelle, nous pensons que la Commission européenne, le Parlement européen, ainsi que les Etats membres, devraient mettre en place des mesures incitatives pour faciliter davantage l’engagement associatif volontaire tourné vers autrui. De telles mesures, en plus de favoriser le partage d’expériences et de solidarités, donneraient aux citoyens une place véritable au cœur même de l’action politique européenne et par conséquent, un sentiment d’appartenance collective et d’identité renforcé.

    Ensuite, nous devons aujourd’hui impérativement envisager les différentes façons de valoriser l’expérience acquise dans le cadre d’une activité volontaire au sein du parcours de vie des personnes. Cependant, il faut à tout prix éviter le piège d’une instrumentalisation du volontariat à des fins uniquement personnelles, dont la seule perspective serait le renforcement de l’employabilité de la personne sur le marché du travail. Pire, si le principe devait être renversé, cela pourrait avoir comme conséquence de conditionner  l’accès au volontariat à l’acquis préalable de certaines compétences. 

Enfin, l’Europe a une fâcheuse tendance à introduire le volontariat dans le cadre général du marché et du droit du travail par l’introduction de la contractualisation et la rémunération. Selon nous, il s’agit d’un risque et d’une dérive importante ! Celui de dénaturer le sens premier de l’engagement volontaire et citoyen et de faire du volontariat un nouveau plan d’activation avec des emplois précaires… bref une main d’œuvre facile et bon marché !  Parallèlement, l’Europe encourage dans sa dernière communication, le volontariat d’entreprise, dans une logique de responsabilité sociétale des entreprises et de renforcement de la productivité et rentabilité de ses travailleurs ! Ici encore, sous couvert d’un acte citoyen, le volontariat se voit instrumentalisé à des fins partisanes, économiques et financières ! C’est tout simplement inacceptable…


2010, Année européenne de la lutte contre la pauvreté

2011, Année européenne du volontariat

2012, Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité entre les générations !


    Depuis trois ans, l’Europe ne s’y trompe pas en retenant pour ces années européennes des thématiques qui font échos aux réalités sociales de nos sociétés. Malheureusement, la récente polémique concernant le programme d'aide alimentaire européen vient  encore nous rappeler à quel point l’Europe peine à apporter de la cohérence à sa politique sociale, entre sa parole et ses actes ! 

    En 2012, l’Europe a donc décidé de mettre en avant les seniors au travers du vieillissement actif. Nous devons saisir cette opportunité pour faire reconnaître au niveau européen la place des seniors dans nos sociétés comme acteurs de transmission. L’approche européenne concernant les seniors est trop utilitariste, tournée vers l’économique dans une perspective de soutenabilité financière (travailler plus longtemps). Or, la citoyenneté, elle, ne se limite pas à 65 ans… Nous pouvons encourager l’engagement des aînés, comme volontaire, comme acteur politique, les associer aux décisions qui les concernent, implémenter des indicateurs de citoyenneté active des aînés en matière de « PIB / capital humain » et de « plus-values liées au vieillissement ».

    L’OMS a montré la voie en 2006 en requalifiant les stratégies active ageing, visant à maintenir les populations âgées en capacité d’occuper un emploi, vers le healthy ageing, dont l’objectif est d’accroître les opportunités pour les seniors de se maintenir en bonne santé, afin de leur permettre de prendre part à la société, en particulier via l’engagement citoyen et volontaires au travers des activités non marchandes. En favorisant le passage harmonieux entre la fin de la vie professionnelle et pourquoi pas une « retraite d’utilité sociale », nous avons l’occasion de faire de 2012, Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité entre les générations !, une année sociale dans les faits ! Un premier pas d’ici à l’horizon 2014, prochaine échéance électorale européenne ! Plus près de chez nous et à plus courte échéance, nous serons attentifs aux élections communales d’octobre 2012 ! Car finalement, le volontariat étant d’abord une question de proximité, ces élections seront une magnifique occasion de traduire sur le terrain les enjeux liés à la charte associative francophone belge, consacrant notamment le soutien au volontariat ! Charte adoptée en 2009 et laissée lettre morte depuis par les gouvernements régionaux et communautaire ! Qu’on se le dise…

Frédéric Possemiers, Président de la Plate-forme francophone du Volontariat






Festivités pour la reconnaissance du volontariat

Le samedi 3 décembre à Namur, la Plate-forme francophone du Volontariat vous invite à son événement de clôture de l'Année européenne du Volontariat :

logo_festivit__s.png


Déroulement de la journée

La matinée en plénière (Pedro Arrupe)

  • Mot d’accueil de madame la Ministre Eliane Tillieux et de Gaëtane Convent, coordinatrice de la PFV.
  • Conférences sur le volontariat :
  1. Sandro Cattacin fera une présentation sur le volontariat et la vie associative. Ce professeur suisse amènera une réflexion sociologique sur la reconnaissance du volontariat dans nos sociétés. M. Cattacin mêlera ses connaissances en sociologie des organisations et en politique sociale pour poser un cadre à notre colloque.
  2. Jean-Michel Longneaux, professeur de métaphysique, sera notre deuxième intervenant. Il apportera une autre vision du volontariat, moins sociologique et quantitative. Il aura pour mission d’apporter une dimension philosophique au volontariat et à sa reconnaissance. Il tentera également de définir les espaces de gratuité, force du volontariat.

En ateliers

  • Débat thématiques :

3 débats thématiques proposeront un échange entre des volontaires et des représentants des secteurs de l'éducation, de la communication et du monde de l'emploi. L'objectif sera de formuler des recommandations au gouvernement et au monde associatif en vue de renforcer la réussite d’une société basée sur un bien-être et une reconnaissance du volontariat.

  1. Comment mobiliser les jeunes générations  à l’engagement volontaire à travers l’éducation ?
  2. Quel est le rôle des médias dans la reconnaissance de l’action citoyenne et volontaire ?
  3. Par quels moyens peut-on valoriser le volontariat dans le monde de l’emploi ?

L'après-midi festive (au Pedro Arrupe)

  • Génie politique

Dans l’après-midi, les participants pourront assister à un quizz politique dans laquelle deux représentants de chaque parti de la majorité sont invités. Ce moment se veut être convivial et ludique. Le principe  repose sur jeu de questions-réponses au travers duquel nous aborderons des sujets liés au volontariat, de l'échelle locale à l'échelle européenne, en passant par le niveau fédéral. Un moment de connaissance et d'échange à la fois sur les réalités de terrain, les enjeux et les bilans de cette Année européenne du Volontariat,

  • Match d'impro

Pour terminer la journée en beauté, la Ligue Belge d'Improvisation Amateur viendra nous présenter un spectacle d'improvisation sur le thème du volontariat. Fou rire garanti !

  • Clôture de la journée et de l'Année européenne du Volontariat par Frédéric Possemiers, président de la PFV.

Télécharger le programme et l'invitation ou inscrivez-vous tout de suite !



Le citoyen n’est pas qu’électeur : il est aussi volontaire

La démocratie représentative n’est pas exclusive : elle ne s’exprime pas dans le seul silence de l’isoloir que font parler les urnes. Elle se manifeste aussi par les contributions des citoyens qui pensent et débattent,  agissent, contribuent économiquement par leurs taxes, appliquent les lois. Vu sous l’angle de l’analyste, ces actions produisent du vivre ensemble et la rétribution apparaît dans un mieux–être vécu par les bénéficiaires et par les contributeurs eux-mêmes : ils ont transformé la réalité, en sortant de la passivité, en indiquant les ressources du réel, en incitant d’autres à élargir leur conception limitée du possible.


Vu sur le terrain, la démarche volontaire, l’engagement bénévole, prend une autre couleur, celle des motivations. Parce qu’un proche un jour a été confronté à un besoin aigu sans réponse pertinente (un manque, une perte, un défaut) ou parce qu’on a découvert l’injustice relative de disposer de plus que les autres (du temps et de l’argent inemployés, une santé et une compétence débordantes). Ou encore parce qu’on s’est senti inutile, en décrochage professionnel ou affectif, en risque de perte de liens valorisants, on a franchi le pas et transformé des heures creuses en heures pleines de sens, des ressources capitalisées en investissement d’utilité sociale. Librement. Occasionnellement ou même continument. Parfois goulument. Associativement. Parce que cela en vaut la peine. Parce qu’on en voit les fruits.


La démarche, compensatoire pour les uns (le banquier devenu médiateur de dette, l’intello descendu dans le concret, le pensionné redevenu actif),  est  exotique pour d’autres (le continent des terres inconnues de l’humain, l’exploration des limites de l’humanitaire, la confrontation quotidienne à la différence) ou simplement égalitaire dans l’échange des savoirs et la gestion partagée d’un projet commun.

L’hygiène du volontaire.



Ces motivations sont respectables mais peuvent inclure leur propre piège : tout ce qui est bon peut devenir trop (trop fort, trop envahissant) au risque de faire du mal à quelqu’un (soi-même ou des autres). Le désintéressé peut être intéressé et finir par se satisfaire dans son propre goût d’être, de paraître, de réussir, de maîtriser. Le disponible peut coincer autrui dans son propre agenda, la valorisation de sa propre créativité où s’exprimeront tour à tour ses savoirs, ses savoirs faire et même son entregent, son savoir-être et son carnet de relations.

Or, le propre de l’interlocuteur accueilli, le bénéficiaire de l’action sociale se trouve précisément dans cette balance entre l’abus de surplus (trop c’est trop) dont on ne peut se dépêtrer et le manque abusif (être sans, le trop peu de santé, l’absence de toit, l’exclusion de  la dignité). Il n’a pas besoin d’un sauveur mais d’un révélateur d’issues et d’un allié dans la création de solutions collectives. Les dames patronnesses d’hier peuvent prendre aujourd’hui la figure classée ISO 26000 de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), le côté trendy du volontariat d’entreprise apprécié par les pairs, valorisable commercialement  et néanmoins d’utilité sociale. Les ingérences ne sont pas réservées aux forces d’intervention internationales. Les démarches prophylactiques visent aussi à garder la distance ou à imposer au voisin l’hygiène parfois difficile à obtenir de ses proches.


Ceci est un avertissement : on peut être témoin ou passer le témoin


Notre propos n’est pas ironique : il nomme la face cachée de comportement communément répandus, observables dont la générosité n’est pas discutable mais dont les effets peuvent être pervers : fabriquer des dépendants (assuétude à la gratuité, exigence croissante de prestations) , des assistés (à sens unique), là où un brin d’imagination, d’autocritique auraient conduit à générer des alliés ou  acteurs selon le principe chinois bien connu : « apprends leur à pêcher et ils mangeront toute leur vie ». C’est ici que se révèle l’importance d’une information préalable, d’une formation ou d’une supervision pour trouver la façon adéquate de prendre part à l’action sociale, d’un dialogue avec des professionnels qui se sont embarqués dans les mêmes aventures avec les mêmes risques. Ces zones de l’action peuvent être source de conflit, car il ne suffit pas d’être disponible et de bonne volonté pour que cela marche. Il n’est pas davantage possible de supposer que puisqu’on est volontaire, on puisse faire à sa façon, en suivant son intuition, car ce comportement peut déséquilibrer l’action du suivant le jour d’après. Il faut donc apprendre à jouer un jeu collectif, en dialogue avec les professionnels du secteur.


Eux aussi



Eux aussi ont dû découvrir que nous sommes tous susceptibles, comme dans le triangle dramatique de Karpman, de jouer tour à tour un rôle de sauveur , de persécuteur et de victime, par manque de communication ou par manipulation inconsciente. Eux aussi peuvent révéler la difficulté à « dire non » que nous connaissons en éducation et en affection (se dire non, le dire avec respect au risque de frustrer) pour mieux dire oui, de manière cohérente, valorisante. Eux encore peuvent nous apprendre à ne pas « agir à la place de », à « agir avec » ou simplement à « être avec », en acceptant qu’il faut donner du temps au temps pour que l’autre prenne sa place progressivement.

On est confronté tôt ou tard à des limites anthropologiques qui questionnent notre imagination étroite, restreinte souvent à ce que nous avons vécu ou capitalisé comme expérience et qui ignore ce que nous avons fui ou gommé comme expérience. Il arrive ainsi qu’être sans toit ou sans relation personnelle nous questionne sur notre propre humanité et le risque de perdre notre dignité.
Que serais-je, de quoi serais-je capable si j’étais privé de logis, contraint chaque jour à me trouver un toit, fut-il de carton pour le soir ? Que serais-je, de quoi serais-je capable si je n’avais plus d’autre privilégié à qui faire confiance? Suis-je capable de manque et de solitude ? Que reste-t-il de l’humanité quand on est confronté au risque de tout perdre ou à la situation préoccupante d’avoir tout perdu ou de n’avoir encore bénéficié de rien ? Comment tenir, avec quelle résistance ou résilience, quand votre identité est niée faute de document dans un espace de non droit ? Comment ne pas se laisser embarquer dans une collusion affective avec des usagers, ce qui ne les aide pas et ne nous aide pas à les aider.


La relation d’aide est complexe : le volontaire peut s’y inscrire. Les responsables d’équipe ou d’association ont à prendre au sérieux la validation des pratiques, l’acquisition d’une compétence suffisante et le travail en commun que permet une cohésion d’équipe reconnaissant les compétences et les limites de chacun, en pointant les démarches permettant d’accompagner les personnes dans leur changement de rôle. On devient volontaire. L’usager d’hier peut prendre ce chemin à son tour. La gouvernance de nos associations doit répondre à cette question : quels sont les moyens mis en œuvre pour aboutir à une mutualisation de la compétence solidaire ?

Pas de militance sans analyse.



L’attention ne doit pas porter seulement sur l’action, les compétences requises et les conséquences possibles positives ou regrettables. Le volontariat et la vie associative sont aussi susceptibles d’offrir à la société et aux pouvoirs publics un rôle éminent d’éclaireur, une fonction de signalisation des embûches, des défis qu’ils relèvent déjà en attendant un relais public. Mais c’est encore trop peu car on pourrait s’en tenir au symptôme, à la solution rapide qui ne s’en prend pas aux causes. Le volontaire et les associations sauront prendre du recul et s’interroger sur les réponses collectives requises au plan légal ou organisationnel pour éviter que des gens soient endettés faute de revenus suffisants, par des endetteurs ou faute d’une prévention adéquate. Chercher du logement dans un marché réellement ou artificiellement saturé n’a de sens que par la création d’alternatives : de l’habitat groupé aux agences immobilières sociales. Le manque de logement social restera à combler.


C’est en adossant le travail immédiat de solution individuelle à l’analyse éclairée des chercheurs qu’on pourra réveiller les capacités créatives de la démocratie à entreprendre des plans de relance qui conduisent à l’emploi, au revenu, au logement, au lien social. Le volontariat est donc l’expression de la capacité citoyenne à être non seulement exigeante et revendicatrice, créative et innovatrice, mais entreprenante et réalisatrice. Parce que demain, c’est trop tard. C’est dès aujourd’hui que les volontaires transforment le monde en humanité.

Michel Kesteman, Directeur de l'Espace Social Télé-Service

Paru dans Espace de Liberté, n°394, Février 2011

La loi, c'est pour toi et moi et nous...

Les lois sont l'expression de la volonté générale et donc devraient être connues de tous. Elles sont élaborées par tous et définissent les règles de vie en société. Chaque citoyen se doit donc de connaître la loi…normalement. Un sentiment d'incompréhension est très souvent éprouvé par les citoyens à leur lecture, la législation nous apparaît complexe et tortueuse. A tout texte de lois se greffe un ensemble d'alinéas dont le but est de tenir compte d'une multitude de cas particuliers.


Pour tous les volontaires comme pour de nombreuses choses qui nous entourent, une loi a été créée. A chaque intervention que nous donnons, la plupart des volontaires ne connaissent pas cette loi censée les protéger. La règle flotte, en apesanteur, dans l'atmosphère juridique, mais semble très loin de la réalité de terrain des volontaires. En effet, le 3 juillet 2005 a marqué la fin d’un long processus de réflexion de 5 ans. Ce jour-là, une loi « dote » les volontaires d’un véritable statut juridique. Depuis son entrée en vigueur le 1er aout 2006, les bénévoles bénéficient de toute une liste de nouvelles garanties en matière d’information, de responsabilité civile, d’assurance et de remboursement de frais.


Cette loi a plusieurs vocations, dont celle de rendre accessible à tous le volontariat et de protéger les volontaires. En France, le choix a été fait de ne pas créer de loi de peur de poser un cadre à des mécanismes gratuits et libres. En Belgique, le choix a été fait de tout mettre en œuvre pour protéger les volontaires dans le cadre de leur activité et pour cela de créer une loi fédérale.
Cette loi comprend les obligations légales des associations vis-à-vis de leurs volontaires : d’une part, l’obligation d’information et d’autre part, l’obligation d’assurance.


Dans le cadre de nos activités, nous faisons beaucoup d’interventions sur cette loi et sur son contenu. Les volontaires découvrent très souvent cette loi, ce qui nous étonne à chaque fois. Cette loi a bien sûr ses limites et doit évoluer suivant les réalités d’aujourd’hui, toutefois, il est important que chaque personne qui décide de s’engager volontairement prennent conscience qu’elle est et doit être protégée.
On peut en conclure que cette année européenne a été l’occasion de mettre en place de nombreux moments d’information sur cette loi. Il ne reste plus qu’à espérer que l’information continuera à circuler et que la loi sur le volontariat démente le principe selon lequel les lois dans leurs écrits et leurs complexes formulations sont ignorées par les citoyens. 

                                                                                                                                                                                                                           Amandine Tiberghien


Retrouvez des fiches explicatives sur ces lois dans la section enjeux de notre site.

La reconnaisance des volontaires, une priorité !

Le volontariat, c’est à la fois le résultat de l’implication libre d’une personne au service de la collectivité et le socle indispensable de la dynamique associative.

Le volontariat, c’est surtout un élément central dans  la cohésion de nos sociétés. Certains aiment à dire que sans nos volontaires durant une journée, notre société cesserait de tourner…

Il est vrai que les volontaires se retrouvent dans presque tous les secteurs de la société : santé, éducation, services sociaux, jeunesse, culture, sports et loisirs, arts et environnement. Et si l'apport de ces citoyens bénévoles constitue une plus-value indiscutable, leurs actions ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur. 

    Or, en tant qu’individu, nous avons tous besoin de reconnaissance. Et les volontaires, par la gratuité de leur engagement,  peut-être encore plus…. Selon nous, cette reconnaissance peut se traduire à 3 niveaux :

Le premier : au niveau de l’individu, qui retire lui-même de son activité volontaire une valorisation, une estime de soi et une reconnaissance de ses compétences.

Le deuxième : au niveau de l’organisation, grâce à des actions de gratitude formelle  (activités de remerciement et hommage) et informelle (dire « merci »). Mais surtout au travers de l’accompagnement (formations, réunions, …) des volontaires, qui est une condition incontournable du bien-être volontaire.

Le troisième : au niveau de la société, dans laquelle les différents acteurs peuvent chacun mettre en place des démarches et des politiques pour reconnaitre le volontariat.


shemaedito.jpg

Cette année européenne du volontariat est le moment opportun pour mettre en valeur l’action de nos volontaires, leur accorder la place qui leur revient.

Le 3 décembre, la Plate-forme francophone du Volontariat consacrera un colloque  sur cette question de la reconnaissance des volontaires.

En rendant hommage à ces citoyens engagés, nous mettrons en lumière leurs contributions passées, présentes et futures à la société dans son ensemble comme à leur bien-être personnel.

Une assurance gratuite pour les associations sur Bruxelles ... Enfin !

A partir du mois de septembre 2011, les associations bruxelloises bénéficieront, à l’instar de ce qui existe déjà au niveau des provinces, de la possibilité d’obtenir une assurance gratuite pour leurs volontaires.

Sur base de ce que propose actuellement l’Association des Provinces Wallonnes, la Commission communautaire française (Cocof) et son Ministre-Président de collège, Christos Doulkeridis, vont  mettre en place cette initiative, qui émane de la loi de 2005 relative aux droits des volontaires imposant aux associations de couvrir les volontaires. Grâce aux subsides de la Loterie Nationale, chaque association bruxelloise pourra désormais demander une assurance gratuite pour 200 jours de volontariat par an.

Pour bénéficier de cette assurance, il faudra déposer une demande auprès de la Cocof et répondre à certaines conditions, telles qu’avoir son siège social dans la Région de Bruxelles-Capitale, ... .

Cette assurance sera d'application dès la rentrée de septembre. Retrouvez très bientôt plus d’informations à ce sujet sur notre site !

Le Conseil Supérieur des Volontaires enfin renouvelé !

En  sa séance du 29 avril, le Conseil des Ministres a procédé à la nomination des membres du Conseil Supérieur des Volontaires, pour la période 2011-2014. En cette année européenne du volontariat et au vue des nombreuses propositions de loi actuellement sur la table, la Plate-forme Francophone du Volontariat se réjouit de la signature, certes tardive, de l’arrêté royal portant sur sa nomination.

Pour le volet francophone, sont nommés membres effectifs, les organisations suivantes :

  • Le Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique,
  • L'Association pour le Volontariat,
  • Inter-environnement Wallonie,
  • La Fédération Multisports Adaptés,
  • L'Association des Centres culturels de la Communauté française de Belgique,
  • Caritas
  • L'Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes,
  • Le Conseil de la Jeunesse Catholique,
  • L'Association Interfédérale du Sport Francophone,
  • La Croix-Rouge de Belgique

Sont nommés membres effectifs francophones, sur base de leur expertise scientifique en ce qui concerne les volontaires et le volontariat, les personnes suivantes : Monsieur Michel DAVAGLE et Monsieur Jacques DEFOURNY.

Pour connaitre la composition du complète du Conseil Supérieur des Volontaires : cliquez ici.